En piochant dans une bibliothèque de médias tombés dans le domaine public, le dispositif "Random Mashup" propose de créer aléatoirement de courtes séquences mixant films, compositions musicales et œuvres littéraires apparemment sans liens.
En produisant des rencontres surprenantes, les "heureux hasards" des associations aléatoires offrent un matériau inédit d’inspiration et réinterrogent la portée et le devenir des œuvres à l’ère du numérique.
La technique numérique du mashup donne une nouvelle dimension aux collages que réalisaient les avant-gardes artistiques et littéraires dans le courant du XXe siècle, qu’il s’agisse aussi bien d’assemblages picturaux (tels que les pratiquaient les dadaïstes), d’assemblages de textes (expérimentés notamment par les surréalistes dans les Cadavres Exquis) ou, plus tardivement, d’assemblages audio et vidéo.
Dans l’environnement numérique, la rencontre entre les médias n’est plus orchestrée par l’artiste seul, mais également par l’ordinateur grâce aux possibilités que lui confère le code, tant en terme d’interactivité que de génération aléatoire.
En particulier, la dimension aléatoire est intéressante par ce qu’elle permet de produire massivement des compositions, dont certaines peuvent sortir du lot et constituer des sources d’inspiration par le jeu des combinaisons. Ce principe n’est cependant pas neuf dans le domaine créatif : il a notamment été expérimenté par les OuLiPiens sur le média texte pour produire des œuvres de littérature combinatoire, telles que les Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau (1961) ou les Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables de Georges Perec (1978). Avec l’essor de l’outil informatique, ces expérimentations ont été portées dans l’environnement du web sous la forme de générateurs tels que le Pipotron.
Appliquée au mashup, la génération aléatoire revisite le principe de la création combinatoire en superposant à l’infini des contenus numériques multimédiatiques. Kate Armstrong et Michael Tippett l’ont par exemple expérimenté avec leur site Graphik Dynamo (2005). Celui-ci assemble de manière aléatoire des textes et des images récupérés sur Internet dans un strip de trois cases empruntant aux codes du pop-art et de la bande-dessinée. En s’appuyant sur les possibilités combinatoires de l’outil informatique, ce site questionne les associations entre textes et images et, en filigrane, le sens des contenus ainsi mis en scène.
Le dispositif "Random Mashup" s’inscrit dans la lignée des pratiques de collage et de mashup, en proposant la superposition de films, compositions musicales et œuvres littéraires issus du domaine public. Le moteur diffuse en boucle des mashups créés en superposant un film, une composition musicale et une œuvre littéraire piochés dans une base de médias. L’ensemble des médias rassemblés dans cette base ont été préalablement formatés de sorte que leur superposition soit cohérente :
Ainsi prétraitées, les œuvres du domaine public trouvent dans le « Random Mashup » un nouveau canal d’expression dans lequel les heureux hasards produisent des rencontres singulières, offrant de nouvelles lectures et constituant de nouvelles sources d’inspiration pour les créatifs.
Loin d’être anecdotique dans les processus de création, l’assemblage aléatoire de fragments d’œuvres pose en creux la question de la place de l’auteur, particulièrement sensible avec la diffusion des données et les enjeux de l’Open Data : l’œuvre est-elle produite par les artistes et écrivains à l’origine des médias ? par le concepteur du moteur ? par l’interaction du spectateur ?
Au-delà des différentes lectures que l’on peut faire de "Random Mashup", le dispositif est loin d’être figé et appelle de nouveaux développements et modes d’appropriation. À terme, "Random Mashup" pourrait être enrichi :
Comme pour tout générateur aléatoire, la mise en place de ce dispositif nécessite de définir un cadre selon lequel vont être formatés et rassemblés les différents médias.
"Random Mashup" fonctionne sur des séquences de vingt secondes, découpées en une introduction de deux secondes, un mashup vidéo de quinze secondes et une page de crédits de trois secondes.
Pour se mouler dans cette trame :
La composition de cette base de médias nécessite un travail manuel d’extraction et de montage, assisté par des éditeurs de texte et des logiciels de montage audio et vidéo.
Pour un son, une vidéo et un texte tirés aléatoirement dans la base de médias ainsi pré-formatés, le moteur :
La police de caractères utilisée dans la séquence est sélectionnée aléatoirement dans un jeu de polices intégrées à la base de données du moteur. Par ailleurs, la couleur des caractères est-elle-même tirée aléatoirement parmi une famille de couleurs vives : afin d’améliorer le contraste des sous-titres avec la vidéo, celle-ci est filtrée par un calque dont la couleur correspond à la complémentaire de la couleur des caractères.
Le moteur diffuse en boucle des « Random Mashup » créés selon ce modèle. La version initiale de ce moteur repose sur une base de données contenant 29 bandes son, 30 vidéos et 35 textes, et est donc théoriquement capable de simuler plus de 30000 mashups différents (la lecture complète de ces mashups nécessiterait près d’une semaine entière). Ce calcul ne tient pas compte des 21 polices et de l’infinité des couleurs susceptibles d’habiller chacun de ces mashups.
Les films, compositions musicales et œuvres littéraires à l’origine des médias ainsi mixés sont extraits du site The Public Domain Review.
La base des sons a été enrichie par des compositions sonores 8-bits, téléchargeables gratuitement sur le site des 8-bits Peoples.
Pour en savoir plus, n'hésitez pas à consulter :
"Random Mashup" est un dispositif créé par Jean-François Gleyze, Leslie Gesnouin, Fanny Giampiccolo, Baptiste Pryen et Samuel Spreyz lors du workshop « Mashup »,
ENSCI – Ministère de la Culture (23 octobre 2013).
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